"Je ne suis plus seul dans ce corps dansant."

JE NE SUIS PLUS SEUL DANS CE CORPS DANSANT (1)
(ou l’altérité comme expérience de l’unité)

par B. DUBOIS.
LA DANSE !
Présence,
présence à soi,
s’oublier.
L’attention à l’autre,
être avec l’autre,
être l’autre.
Quel autre ?
Etre

LE TANGO,
se danse entre vague et dune,
entre sacs et ressacs,
lorsque terre et mer s’épousent sous l’écume.

LA MUSIQUE,
vibrations,
émotions,
tempo,
pulsions,
rythme,
lenteur.
Tango, valse, milonga.
Le piano pour la marche,
le violon qui jette des ponts sur les portées,
le bando pour le souffle.
Energie
Pugliese, et les blés ondulent sous le vent
D’arienzo, et les galets jouent dans le ruisseau.

L’AIR,
celui de nos respirations,
le même qui fait vibrer le bandonéon,
respirer,
s’ouvrir à l’inspir,
se laisser pénétrer.
Offrir à l’expir,
donner - recevoir,
s’inspirer,
guider et suivre, suivre et guider,
être le lit et la rivière.

L’ABANDON,
je ne sais plus,
je ne suis plus,
je ne suis plus ce que je sais
je ne sais plus qui je suis.
Le vide, celui qui nous remplit, le même qu’à notre première respiration.
La plénitude qui se nourrit du vide.

LE SILENCE,
quand cesse le vacarme de nos agitations et de nos voix intérieures,
avoir assez souffert et savourer l’insouciance,
vu le canal vidé, asséché, nettoyé de ses détritus,
puis rempli à nouveau avant que ne vogue les navires.
Avoir découvert que l’on n’est plus éternel et cesser de souffrir,
connu la soif et se délecter du goût salé des larmes.

L’INSTANT,
celui de la rencontre,
jouer, chaque autre comme une partie de nous même,
notre capacité à le reconnaître comme l’essence du partage,
je ne suis plus seul ! l’ai-je jamais été ?
Juste ne plus être assez égoïste pour ne plus en douter.
Des aiguilles de ses talons, inlassablement,
la tanguera démêlent les fils qui nous retiennent.

L’EXTASE
Qué dansa ! disent les gascons, comme s’ils savaient de toute évidence que le sujet n’est ni moi ni toi mais ce quelque chose qui nous entraîne au milieu de la piste et qui exige de nous que nous fassions le vide pour qu’il puisse s’exprimer !
Da- Sein dit Heidegger !
Comme la robe dévoile ce qu’elle est censée dissimuler, le tango le révèle,
exister, c’est se laisser être.

LE TEMPS,
contre temps,
hésitation,
pause.
En pleins et déliés, les pas écrivent notre histoire,
comme la vague, un sourire l’efface,
Irréversible et inaccessible.

LA POSTURE
abraso cerrado,
ton axe dans le mien, mon axe autour du tien,
mon axe dans le tien, ton axe autour du mien
nos axes dans le lien.
L’amour comme le tango,
c’est permettre à l’autre de nous donner le sentiment d’exister !
A Platon, la beauté,
A Plotin, l’unité,
A Levinas, l’altérité,
Au Tango la dansité !
Ni linéarité ni causalité, ni pluralité,
à chaque pas, les talons redessinent un infini.

LA PASSION
la lave dévale,
l’eau l’avale,
vapeur.

L’EMOTION,
Cortina,
La vague se retire,
regard troublé,
silence, de ceux qui en disent long.

Comparsita
l’éternité, un instant,
je ne suis plus seul dans ce corps dansant (1).

(1) Expression empruntée à Jean-Pierre Roche.


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