Magnifique page...

Extraits de « BUENOS AIRES » de Alicia Dujovne Ortiz.
« des villes » aux Editions du Champ Vallon

Livre que nous vous conseillons vivement...
« Ensuite, j’ai dansé. Il faut préciser, avant tout, qu’une femme argentine ne danse jamais le tango comme si de rien n’était, d’une façon courante. Elle ne le danse qu’avec certains cavaliers, comme elle ne fait l’amour qu’avec certains hommes. Ce qui se passe entre deux êtres qui dansent le tango est chaque fois unique. On construit chaque fois le tango. On l’invente. De même qu’il n’existe pas deux empreintes digitales identiques, il n’y a jamais deux tangos identiques. J’ai donc dansé avec l’homme qui, mieux que les autres, me parut capable de faire surgir, de ses jambes et des miennes, cet animal fabuleux, ce monstre bicéphale, qu’on appelle : tango. Montres à quatre pattes, langoureuses ou impérieuses, qui ne vit que le temps d’une musique, et meurt assassiné par le tchan-tchan final. J’ai éprouvé alors, dans mon corps entier, l’oblique sentiment d’être portena. Comment concevoir un tango face à face ? Un tango carré ? Un tango en ligne droite, comme une danse tyrolienne ?
Le tango est foncièrement baroque. L’esprit classique avance droit devant lui . L’esprit baroque s’offre des détours malicieux, délicieux. Ce n’est pas qu’il veuille arriver plus vite. Ce n’est même pas qu’il veuille arriver. C’est qu’il veut jouir du voyage.
Où allions-nous ainsi, mon cavalier et moi, croisés l’un contre l’autre, non pas comme la croix chrétienne, mais comme les tibias qui soutiennent la tête de mort, sur le drapeau noir des pirates ? Ou allions-nous ? Ou, plus exactement, où allait-il, mon dictateur privé, qui commandait à chacun de mes mouvements en traçant, sur mon dos, un signe secret ? Une femme qui danse le tango doit posséder des dons divinatoires. Il lui est recommandé de se faire transparente, presque médiumnique, de décrypter des ordres de son cavalier quelques secondes à l’avance, avant même qu’il sache lui-même quelle position déhanchée, vicieuse, perverse, il va imposer à son pied. Tout en dansant je me souvenais d’un cheval que j’aimais monter. Je me rappelais la façon si délicate dont il restait à mon écoute, et comme il savait s’arrêter, s’il devinait chez moi la moindre hésitation sur le chemin à suivre. Ma main n’avait pas encore bougé, n’avait même pas tremblé sur les rênes, qu’il comprenait déjà l’idée nouvelle germant en moi. Pour une femme, danser le tango, c’est devenir ce cheval divinement sensible, c’est obéir aux ordres les plus subtils et les plus silencieux du cavalier aux jambes d’acier. »

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